Un voyage autour du monde est l'occasion d'étonnements et de refléxions. La rubrique "pensées vagabondes" est ici pour partager la dimension philosophique de notre aventure. Les évenements, monuments et situations rencontrées sont prétexte à des articles sur nos regards et sur nos vies, sur l'Homme et toutes ses bizzareries...
Partir ou rester
Manu -
13-Mai-2012
Situation : avant le départ - Aubagne (13)
Pourquoi partir autour du monde ?
Pourquoi pas ?
Pourquoi ne pas ?
On peut choisir, mais aussi ne pas choisir de rester là où l'on est ; là où la vie, les dieux ou le destin nous ont placés. On reste là par habitude ou par hébétude.
Mais on choisit toujours de partir.
Car il faut de l'élan pour se mouvoir. Il faut du vouloir pour se mouvoir. Il faut aussi souvent s'en justifier, dire que la distance n'est pas une trahison, une fuite, un risque inutile.
Pourquoi partir quand tout dans l’organisation sociale de nos vies invite à rester ?
Depuis ses origines lointaines, qui se perdent dans la nuit des temps et se confondent peu à peu avec celles des primates, l’Homme a la bougeotte ! Depuis le berceau africain, il a investit des contrées aussi reculées qu’inhospitalières sur toute la surface du globe. Ce nomade sédentarisé par la révolution néolithique parlerait-il à nos envies de voyage ? Il serait pratique de pouvoir se justifier sous le couvert d’homo erectus, mais l’argument serait de faible poids devant l’immense majorité des hommes et femmes qui ne verront guère plus dans leur vie entière que les lopins de terre où ils ont vu le jour.
Cohabitent ainsi deux grandes traditions dans l’espèce humaine : le voyage et la stabilité. La première est si ancienne qu’il est presque indécent de parler aujourd’hui de « mondialisation », comme s’il avait s’agit d’autre chose auparavant. Les hommes commercent, échangent, voyagent, partagent et guerroient à l’échelle mondiale depuis toujours (heureusement d’ailleurs pour les Gaulois, ces « français de souche » qui ne brillent pas au panthéon des grandes civilisations). Mais la stabilité, introduite avec l’agriculture il y a plus de 12 000 ans, a forgé également un aspect fondamental d’homo sapiens : la vie en sociétés organisées de grande taille produisant des effets civilisationnels et enracinant chacun dans une culture spécifique.
Faut-il partir ou rester, voyager ou assumer sa sédentarité ?
Là encore, deux traditions philosophiques s’affrontent :
Sur l’inutilité des voyages, Sénèque est intarissable : « C’est d’âme et non de climat qu’il faut changer » conseille-t-il à Lucilius. Ou encore « Ceux dont la vie se passe à voyager finissent par avoir des milliers d’hôtes et pas un ami ». Pour Sénèque, les voyages sont une façon de fuir l’ennui mais sont incapables de fournir ce que l’on peut très bien trouver chez soi : le bonheur. Ceux que les voyages rebutent trouveront ainsi chez Sénèque de très bonnes raisons de rester chez eux : « Que peut la vue de nouveaux pays, le spectacle des villes et des sites? Voilà bien du mouvement en pure perte ».
Ainsi, si pour Sénèque « il n’est pas de chose utile qui ne puisse l’être qu’en passant », St Augustin rassurera les voyageurs impénitents en proclamant que « le monde est un livre, et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page ». Si les voyages forment la jeunesse, ils permettent aussi de conserver cet appétit de découverte et d’ouverture à l’inattendu qui distingue parfois les jeunes années du temps des responsabilités, voire de l’encroutement de l’entre-deux âges. Bien entendu Brassens nous dit volontiers que « l’âge ne fait rien à l’affaire » et nous le suivrons sans aucun doute sur ce point.
S’il fallait un motif au voyage, il en faudrait un aussi pour son absence. Si Confucius notait que « le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même », le voyage (avec la méditation et l’étude) reste un des meilleurs moyens d’y parvenir.
Ce n’est donc pas tant la question de partir ou de rester qui se pose mais de comment et pourquoi l’on reste ou de la philosophie qui sous tend nos projets de voyage.
A partir d'ici :
RESTER LA
(Paroles : Emmanuel Weislo ; musique : Emmanuel Weislo et Michel Marques)
Interprétée par Eric Tanga ( voir Erictanga.fr )
Je suis arrivé un matin
Dans ce village aux confins du pays
Il n’avait rien pour plaire
Rien qu’on ait déjà vu
Les défis qui nous brisent
N’auront aucune prise sur le temps
Si je reste à jamais
Immobile et sans élan
Rester là et se dire
Qu’on a tout son temps pour y croire
Rester pour y mourir
Sans alibi sans désespoir
Non ne jamais partir
Ne jamais quitter cet endroit
Flash-back sur mon histoire
Perdu dans ma mémoire, cet enfant
Qui voulait simplement
Voir le monde un peu plus grand
Est-ce la peur de perdre ou est-ce l’envie de gagner
Celle qui nous fait partir, Celle qui nous fait rester
Rester là et se dire
Qu’on a tout son temps pour y croire
Rester là et mourir
Sans alibi sans désespoir
Non ne jamais partir
Ne jamais quitter cet endroit
Non ne jamais trahir
L’étrange reflet du miroir (bis)
D'autres chansons ? >>> voir "qui sommes-nous - Manu"